Kératose actinique

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En bref : La kératose actinique est la lésion précancéreuse cutanée la plus fréquente en France, touchant plus d’un million de personnes de plus de 50 ans. Elle résulte d’une exposition solaire cumulée sur des décennies et se présente comme une plaque rugueuse, érythémateuse, sur les zones photo-exposées. Sans traitement, 1 à 10 % des lésions multiples évoluent vers un carcinome épidermoïde invasif – mais diagnostiquée et traitée à temps, la guérison est obtenue dans la grande majorité des cas.
Dr Ludovic Rousseau, dermatologue-vénérologue

Mis à jour le 12 juin 2026 par le Dr Ludovic Rousseau, dermatologue, médecin spécialiste exerçant en France, expert en dermatologie et vénéréologie avec plus de 25 ans d’expérience. Rédigé et validé scientifiquement afin de délivrer une information de santé rigoureuse, indépendante et adossée aux données acquises de la science (PubMed, HAS).

La kératose actinique – aussi appelée kératose solaire – est la lésion cutanée précancéreuse la plus fréquente dans les pays à peau claire. Directement causée par l’accumulation des expositions aux rayons UV au fil des années, elle se présente comme une tache rosée à brunâtre, rugueuse au toucher, siégeant sur les zones photo-exposées : visage, crâne dégarni, mains, avant-bras, lèvre inférieure.

Sa fréquence ne doit pas faire oublier sa gravité potentielle : il s’agit de la forme la plus précoce du carcinome épidermoïde cutané. Sans traitement, environ 10 % des kératoses actiniques multiples évoluent vers un cancer invasif, et 65 à 70 % des carcinomes épidermoïdes ont débuté sur une kératose actinique préexistante. La bonne nouvelle est réelle : diagnostiquée et traitée à temps, la kératose actinique guérit dans la grande majorité des cas.

Kératoses actiniques de la main
Kératoses actiniques de la main : taches rugueuses persistantes

1. Causes et facteurs de risque

La cause principale est l’accumulation des expositions solaires aux UV tout au long de la vie, en particulier chez les sujets à peau claire. Le mécanisme central est la formation de dimères de pyrimidine induits par les UVB, qui créent des mutations dans les gènes suppresseurs de tumeur TP53 et CDKN2A, entraînant la prolifération de kératinocytes dysplasiques au sein de l’épiderme – c’est ce que l’on appelle le phénomène de champ de cancérisation : bien au-delà des lésions visibles, toute la zone photo-exposée porte des mutations infracliniques.

Données épidémiologiques clés :

  • 60 % des patients de plus de 40 ans ayant eu des expositions solaires intenses présentent des kératoses actiniques
  • 90 % des cas surviennent après 50 ans ; les hommes sont légèrement plus touchés (ratio 1,35 pour 1)
  • Prévalence de 1 adulte sur 4 dans l’hémisphère Nord contre 1 sur 2 en Australie
  • En France : environ 754 cas pour 100 000 habitants
Facteur de risque Mécanisme / impact Niveau de risque
Phototype I-II (peau claire, taches de rousseur, yeux clairs) Mélanine insuffisante pour filtrer les UV – mutations non réparées Élevé
Expositions professionnelles cumulées (agriculteurs, marins, BTP, moniteurs de ski) Dose cumulée UV tout au long de la carrière Élevé
Cabines UV (bronzage artificiel) UVA à haute dose – potentiellement carcinogènes Modéré à élevé
Immunodépression (transplantés, VIH, immunosuppresseurs) Défaut de surveillance immunitaire des cellules dysplasiques Très élevé (×50 à ×100)
Tabagisme Cofacteur pour la chéilite actinique de la lèvre inférieure Modéré (surtout lèvre)
Bon à savoir – immunodépression et risque : les patients transplantés d’organe ont un risque de développer un carcinome épidermoïde 50 à 100 fois supérieur à la population générale. Chez eux, toute kératose actinique doit être traitée rapidement et la surveillance doit être semestrielle, quel que soit le nombre de lésions.

2. Reconnaître une kératose actinique : formes cliniques et localisation

Le diagnostic se fait souvent à la palpation

C’est l’un des premiers enseignements que je transmets à mes patients : au stade précoce, la kératose actinique peut n’être qu’une tache rosée de quelques millimètres, à peine visible. C’est la palpation qui fait le diagnostic : un aspect rugueux au toucher, comme du papier de verre, sur une zone photo-exposée d’un sujet de plus de 50 ans est très évocateur. Certaines lésions sont douloureuses ou sensibles à l’effleurement avant même d’être visibles à l’œil nu.

Localisation typique

Les kératoses actiniques siègent exclusivement sur les zones photo-exposées :

  • Visage : nez, joues, front, tempes, oreilles (hélix et lobe) – 70 % des cas
  • Crâne dégarni : croûtes récidivantes sur le cuir chevelu chauve
  • Mains et avant-bras : face dorsale
  • Lèvre inférieure (chéilite actinique) : la plus exposée au soleil, risque de dégénérescence plus élevé que pour les lésions cutanées classiques
  • Décolleté, épaules : chez les personnes à forte exposition récréative
Kératose actinique : zone rugueuse sur la peau
Kératose actinique : aspect rugueux caractéristique
Kératose actinique débutante : simple tache rosée à peine rugueuse

Phase constituée et formes évoluées

La tache s’épaissit progressivement, devient squameuse, croûteuse, et peut prendre une teinte rosée, rouge vif ou brune selon le degré d’inflammation et d’hyperkératose. Dans certains cas, la kératine s’accumule en une saillie dure et cornée – on parle alors de corne cutanée. Toute corne cutanée doit être considérée comme un carcinome épidermoïde jusqu’à preuve du contraire et nécessite une biopsie systématique.

Kératose actinique du nez constituée
Corne cutanée : biopsie systématique

La chéilite actinique

Atteinte spécifique de la lèvre inférieure : lèvre sèche, squameuse, dépigmentée, parfois érosive. Son risque de dégénérescence en carcinome épidermoïde est significativement plus élevé que pour les lésions cutanées, ce qui justifie une prise en charge spécialisée dans tous les cas.

Chéilite actinique de la lèvre inférieure

Atteinte du crâne dégarni

Kératoses actiniques du crâne dégarni : croûtes récidivantes
Comment distinguer une kératose actinique d’une tache de vieillesse ? Les lentigos solaires (taches de vieillesse) sont des taches brunes, plates et lisses au toucher. Les kératoses actiniques sont rosées à brunâtres et rugueuses à la palpation – comme du papier de verre. C’est cette rugosité perçue au toucher sur une zone photo-exposée qui fait toute la différence clinique. En cas de doute, la dermoscopie tranche dans la grande majorité des cas.

3. Évolution possible et concept de champ de cancérisation

Sans traitement, une kératose actinique peut évoluer selon trois scénarios :

  • Régression spontanée : rare, survenant essentiellement en cas d’arrêt total des expositions solaires
  • Persistance en l’état avec extension progressive et multiplication des lésions
  • Évolution vers un carcinome épidermoïde invasif : risque d’environ 10 % en présence de plus de 8 lésions sur 10 ans

Le concept de champ de cancérisation est essentiel pour comprendre pourquoi les traitements ne se limitent pas aux lésions visibles. La peau autour des kératoses visibles est elle-même porteuse de mutations UV-induites, invisibles à l’examen clinique mais détectables histologiquement. C’est ce qui explique les récidives fréquentes après traitement lésionnel seul, et la supériorité des traitements de champ.

4. Diagnostic : dermoscopie, classification et biopsie

La dermoscopie : l’outil de référence

La dermoscopie est l’outil de référence pour l’évaluation des kératoses actiniques. Au niveau du visage, l’aspect caractéristique est celui d’une « fraise » : vaisseaux et rougeurs distribués en pseudo-réseau autour d’ostiums folliculaires kératinisés jaunâtres. Cet aspect est pathognomonique et permet souvent d’éviter la biopsie dans les formes typiques.

Aspect « fraise » en dermoscopie : réseau vasculaire rouge autour des ostiums folliculaires kératinisés
Kératose actinique en dermoscopie
Kératose actinique du nez : vue clinique et dermoscopique
Dermoscopie : squames blanches et nappe rouge constellée de points chair-jaune

La classification histologique

Quand la biopsie est réalisée – notamment en cas de doute diagnostique, de forme hyperkératosique ou de suspicion de transformation maligne – trois grades histologiques sont décrits (classification de Cockerell, grades KA I à III) selon le degré d’atypies kératinocytaires. Cette classification conditionne en partie le choix thérapeutique et l’évaluation du risque de progression.

Grade (Cockerell) Aspect histologique Implication clinique
KA I (légère) Atypies kératinocytaires limitées au tiers inférieur de l’épiderme Traitement médical ou cryothérapie en première intention
KA II (modérée) Atypies s’étendant aux deux tiers inférieurs Traitement de champ préféré pour les lésions multiples
KA III (sévère) / in situ Atypies sur toute l’épaisseur épidermique sans franchissement de la membrane basale Excision chirurgicale ou PTD à discuter – surveillance rapprochée

5. Traitements des kératoses actiniques en 2026

L’objectif du traitement est double : éliminer les lésions existantes et traiter le champ de cancérisation environnant. Le choix entre traitement lésionnel et traitement de champ dépend du nombre de lésions, de leur localisation et du profil du patient.

Cryothérapie à l’azote liquide – le traitement de référence pour les lésions isolées

Cryothérapie d’une kératose actinique

L’azote liquide (-196 °C) est appliqué directement sur chaque kératose, provoquant la destruction cellulaire par formation de cristaux de glace intracellulaires. C’est le traitement le plus immédiat, réalisé au cabinet en quelques secondes par lésion.

  • Séance de 10 à 30 secondes par lésion selon l’épaisseur
  • Formation d’une cloque dans les 24 heures, cicatrisation en 1 à 3 semaines
  • Efficacité : 70 à 90 % de clearance complète selon la profondeur de la lésion
  • Effets indésirables : douleur pendant la séance, cloque, croûte, risque de tache blanche (hypopigmentation) sur peaux foncées

La cryothérapie est idéale pour 1 à 5 lésions isolées bien limitées. Pour les lésions multiples et les formes de champ, les traitements topiques ou la photothérapie dynamique lui sont préférés.

Traitements topiques de champ (crèmes sur ordonnance)

Ces traitements s’appliquent sur toute la zone photo-endommagée, pas uniquement sur les lésions visibles. Ils sont particulièrement adaptés aux lésions multiples et aux champs de cancérisation étendus.

Traitement Mécanisme Schéma Efficacité / tolérance
5-Fluorouracile crème (Efudix® 5 %) Cytostatique – inhibe la thymidylate synthase → blocage de la synthèse d’ADN tumoral Application quotidienne 3 à 4 semaines Traitement de champ le plus efficace à 12 mois (essai NEJM 2019, 624 patients) – réaction inflammatoire locale marquée = signe d’efficacité
Imiquimod crème (Aldara® 5 %, Zyclara® 3,75 %) Immunomodulateur – agoniste TLR-7 stimulant l’interféron et les cytokines antitumorales 3×/sem. pendant 4 sem. (Aldara®) ou 2 cycles de 2 sem. (Zyclara®) Efficace mais inférieur au 5-FU en clearance à 12 mois (HR 2,03 vs 5-FU). Tolérance locale généralement correcte
Diclofénac gel (Solaraze® 3 %) AINS topique – inhibe les COX-1 et COX-2 impliquées dans la prolifération tumorale 2 applications/j pendant 60 à 90 jours Tolérance locale nettement meilleure. Efficacité un peu inférieure. Traitement de choix pour les patients ne tolérant pas l’irritation des autres crèmes
Tirbanibuline crème 1 % (Klisyri®) Inhibiteur de la polymérisation de la tubuline et de la tyrosine kinase Src → antiprolifératif 1 application/j pendant 5 jours seulement Clearance complète chez 44 à 54 % des patients (essais de phase III, NEJM 2021). Durée de traitement la plus courte – récidive partielle à 1 an (47 % des répondeurs complets). AMM européenne obtenue.
Ingenol mébutate (Picato®) Activateur de la protéine kinase C – cytotoxique direct 2 à 3 jours Retiré du marché européen en 2020 – signal de pharmacovigilance pour un risque accru de carcinome épidermoïde. Non recommandé.
Conseil pratique – réaction sous 5-FU : lors d’un traitement par Efudix®, la peau devient rouge, croûteuse, parfois douloureuse à partir de la 2e semaine. C’est le signe que le traitement fonctionne – il ne faut pas l’interrompre prématurément. En cas de doute sur l’intensité de la réaction, contactez votre dermatologue plutôt que d’arrêter seul.

Photothérapie dynamique (PTD)

La photothérapie dynamique consiste à appliquer un produit photosensibilisant (méthylaminolévulinate ou acide aminolévulinique) sur les kératoses, qui s’accumule sélectivement dans les cellules tumorales, puis à irradier la zone par une source lumineuse rouge. Il existe également une variante en lumière du jour (PTD-daylight), plus confortable.

  • Indications privilégiées : kératoses multiples sur zones étendues, formes peu hyperkératosiques, zones esthétiquement importantes (visage entier, cuir chevelu)
  • Avantages : traitement de champ, résultat esthétique souvent excellent (amélioration globale du photovieillissement)
  • Inconvénients : douleur pendant la séance, réaction inflammatoire post-traitement, nécessite un plateau technique spécialisé

6. Quel traitement choisir selon votre situation ?

Situation clinique Traitement recommandé
1 à 3 kératoses isolées Cryothérapie à l’azote liquide – rapide, efficace en séance
Kératoses multiples (> 5-8 lésions) sur zone étendue 5-FU crème en première intention (efficacité supérieure à 12 mois), ou PTD, ou imiquimod
Patient ne tolérant pas l’irritation des crèmes classiques Diclofénac gel (meilleure tolérance) ou tirbanibuline (5 jours seulement)
Observance difficile (traitement long mal accepté) Tirbanibuline (Klisyri®) – 5 jours, ou PTD en séance unique
Forme hyperkératosique ou corne cutanée Biopsie systématique d’abord, puis traitement adapté au résultat histologique
Chéilite actinique de la lèvre inférieure Prise en charge spécialisée – risque de dégénérescence élevé
Patient immunodéprimé (transplanté, VIH, biothérapie) Traitement systématique de toutes les lésions + surveillance dermatologique spécialisée semestrielle

7. Surveillance après traitement et photoprotection à vie

La surveillance après traitement est indispensable pour trois raisons : de nouvelles kératoses apparaissent fréquemment dans la même zone (champ de cancérisation persistant), une récidive locale est possible, et un carcinome épidermoïde peut survenir sur une lésion insuffisamment traitée ou adjacente.

Rythme de surveillance recommandé : consultation dermatologique tous les 6 à 12 mois selon le nombre de lésions traitées et les facteurs de risque individuels.

Photoprotection permanente : indispensable à vie pour tous les patients ayant eu des kératoses actiniques :

  • SPF 50+ large spectre, renouvelé toutes les 2 heures en cas d’exposition prolongée
  • Vêtements couvrants, chapeau à larges bords, évitement des heures de forte insolation (11 h–16 h en été)
  • Des études montrent qu’une photoprotection régulière pendant 2 ans peut induire une régression spontanée de lésions préexistantes
  • La nicotinamide (vitamine B3) par voie orale à 500 mg deux fois par jour a montré une réduction significative de l’incidence des nouvelles kératoses chez les patients à haut risque dans certaines études – à discuter avec votre dermatologue

En savoir plus sur la protection solaire et comment choisir une crème solaire.

Questions fréquentes sur la cryothérapie : La cryothérapie provoque une sensation de brûlure froide intense pendant quelques secondes à une minute. La douleur est généralement supportable sans anesthésie. Dans les 24 à 48 heures suivantes, une cloque peut se former, suivie d’une croûte qui tombe en 1 à 3 semaines. La zone peut rester légèrement rosée plusieurs semaines. Un antalgique simple (paracétamol) peut être pris si nécessaire. Si la lésion vous semble encore présente 15 jours après, appelez votre dermatologue plutôt qu’attendre.
⚠️ Consultez en urgence si :
– Une lésion s’épaissit rapidement, forme un nodule induré ou devient douloureuse en dehors de tout traitement
– Une kératose saigne spontanément sans raison apparente
– Une ulcération persiste plus de 3 à 4 semaines malgré un traitement bien conduit
– La lésion dépasse 1 cm avec bords irréguliers ou infiltration en profondeur
– Une kératose de la lèvre inférieure s’épaissit ou présente une érosion persistante

Ces signes peuvent témoigner d’une transformation en carcinome spinocellulaire invasif (risque ≈ 10 % en présence de plus de 8 lésions). Une biopsie cutanée permettra de confirmer le diagnostic.

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Questions fréquentes sur la kératose actinique

La kératose actinique est-elle un cancer ?

Non au sens strict, mais elle est considérée comme la forme la plus précoce du carcinome épidermoïde cutané – certains spécialistes la classent directement comme un carcinome in situ. Elle n’est pas encore invasive dans la plupart des cas, mais son potentiel de transformation justifie un traitement systématique. En présence de plus de 8 lésions, le risque de progression vers un cancer invasif sur 10 ans atteint environ 10 %.

Comment reconnaître une kératose actinique sur le visage ?

C’est le toucher qui fait le diagnostic : passez doucement le doigt sur la zone suspecte. Une surface rugueuse, comme du papier de verre, rosée ou légèrement croûteuse, sur le nez, le front, les tempes ou le crâne chauve d’une personne de plus de 50 ans est très évocatrice. À l’œil, la lésion mesure quelques millimètres à 1-2 cm, de couleur rosée à brunâtre. La dermoscopie confirme le diagnostic.

Quel est le meilleur traitement pour les kératoses actiniques multiples ?

D’après l’essai randomisé du NEJM 2019 (624 patients, 12 mois de suivi), le 5-fluorouracile 5 % crème (Efudix®) est le traitement de champ le plus efficace. Pour les patients ne tolérant pas la réaction inflammatoire, la tirbanibuline (5 jours de traitement seulement) ou la photothérapie dynamique sont d’excellentes alternatives. Le choix final dépend de votre profil et de votre peau.

La cryothérapie est-elle douloureuse ?

Elle provoque une brûlure froide intense pendant quelques secondes à une minute, généralement supportable sans anesthésie. Dans les 24-48 h suivantes, une cloque peut se former, suivie d’une croûte qui tombe en 1 à 3 semaines. Un antalgique simple (paracétamol) peut être pris si nécessaire. La douleur est souvent plus marquée sur le visage et la lèvre que sur les extrémités.

Peut-on prévenir les kératoses actiniques ?

Oui, partiellement. Les kératoses actiniques résultent de l’accumulation de mutations UV sur des décennies. Adopter une photoprotection rigoureuse (SPF 50+ large spectre, vêtements couvrants, évitement des heures de forte insolation entre 11 h et 16 h) réduit significativement l’apparition de nouvelles lésions, même après 50 ans. Des études montrent qu’une photoprotection régulière sur 2 ans peut même induire la régression de kératoses préexistantes.

Qu’est-ce que le champ de cancérisation ?

Le champ de cancérisation désigne une zone cutanée étendue où les kératinocytes portent des mutations UV-induites, même en dehors des lésions visibles. Cela explique pourquoi les crèmes de traitement s’appliquent sur toute la zone photo-exposée (visage entier, crâne chauve) et non uniquement sur les lésions, et pourquoi des récidives apparaissent après un traitement lésionnel seul.

Faut-il surveiller les kératoses actiniques après traitement ?

Oui, une surveillance dermatologique tous les 6 à 12 mois est recommandée après traitement, car de nouvelles lésions peuvent apparaître dans la même zone. La photoprotection permanente (SPF 50+ quotidien, vêtements couvrants) est indispensable à vie. Chez les patients immunodéprimés, la surveillance est semestrielle quel que soit le nombre de lésions traitées.

Quelle est la différence entre kératose actinique et maladie de Bowen ?

Les deux sont des carcinomes épidermoïdes in situ. La maladie de Bowen atteint toute l’épaisseur de l’épiderme (KA grade III équivalent) et présente un risque légèrement plus élevé de transformation invasive. Cliniquement, la maladie de Bowen forme souvent une plaque érythémateuse bien délimitée, légèrement squameuse, parfois confondue avec un psoriasis ou un eczéma localisé. La biopsie fait la distinction.

Une kératose actinique peut-elle régresser seule ?

La régression spontanée est possible mais rare, estimée à moins de 10 % des lésions, et survient essentiellement en cas d’arrêt complet des expositions solaires. Dans la grande majorité des situations, les lésions persistent, s’étendent ou évoluent. Un traitement actif reste recommandé pour toute kératose actinique confirmée, y compris les formes légères.

Références scientifiques

  1. Jansen MHE, Kessels JPHM, Nelemans PJ, et al. Randomized Trial of Four Treatment Approaches for Actinic Keratosis. N Engl J Med. 2019;380(10):935-946. PMID 30855743
  2. Blauvelt A, Kempers S, Lain E, et al. Phase 3 Trials of Tirbanibulin Ointment for Actinic Keratosis. N Engl J Med. 2021;384(6):512-520. PMID 33567191
  3. Heppt MV, Dykukha I, Graziadio S, et al. Comparative Efficacy and Safety of Tirbanibulin for Actinic Keratosis of the Face and Scalp in Europe: A Systematic Review and Network Meta-Analysis. J Clin Med. 2022;11(6):1654. PMID 35329979

Source institutionnelle : HAS – AMELUZ (acide 5-aminolévulinique) – Kératose actinique : avis de remboursement et recommandations de prise en charge, has-sante.fr

Pages du cluster – pour aller plus loin :
Cancers cutanés
Carcinome épidermoïde (spinocellulaire)
Photothérapie dynamique (PTD)
Dermoscopie
Protection solaire
Choisir sa crème solaire
Taches solaires et lentigos
Maladie de Bowen

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Auteur/autrice : Dr Ludovic Rousseau, dermatologue

Dr Ludovic Rousseau — Dermatologue & Vénérologue Docteur en médecine depuis 1999, le Dr Ludovic Rousseau est spécialiste en Dermatologie et Vénéréologie (Diplôme d'État de Spécialiste, thèse soutenue avec la mention Très Honorable). Depuis plus de 25 ans, il exerce avec la conviction que chaque patient mérite une prise en charge claire, bienveillante et fondée sur les données actuelles de la science. Auteur et fondateur de Dermatonet.com depuis 2000, il met son expertise au service du grand public à travers des articles médicaux rigoureux sur les maladies de peau, les traitements et les avancées en dermatologie. Il intervient régulièrement lors de congrès et journées de formation médicale, et a publié dans des revues scientifiques spécialisées dont les Annales de Dermatologie et Vénéréologie. Convaincu que l'accès aux soins dermatologiques doit être simplifié, le Dr Rousseau propose des consultations en cabinet lors de ses remplacements ainsi que des téléconsultations, permettant à chacun d'obtenir un avis médical spécialisé rapidement, où qu'il se trouve.

4 réflexions sur « Kératose actinique »

  1. Généralement le traitement chirurgical est proposé devant des formes infiltrées (la peau a perdu de sa souplesse), crouteuses ou dont la localisation rend difficile l’application d’azote ou d’un autre traitement (périorificiel notamment). De même une biopsie est pratiquée en cas de doute diagnostique

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